AGATHE LARTIGUE
agathe.lartigue@gmail.com
un projet artistique et éditorial co-fondé avec Julie Buffard-Moret
Grâce à ses oreilles en feuilles de choux, le tarsier possède une ouïe supersonique.
Il est capable de communiquer à distance en émettant des ultrasons dont la fréquence atteint parfois les 90 000 Hz.
Extrêmement anxieux, le tarsier est mis en danger par sa sensibilité exacerbée. Un simple éclat de voix humaine peut provoquer chez lui un stress mortel. Le moindre « Clic » de l’obturateur d’un appareil photo, un flash ou une main tendue, peuvent plonger le petit primate dans une profonde détresse et le conduire à se suicider.
Commentaires incessants, envolées musicales, règne de la proximité, du plan détaillé, de l’acuité technique et de la visibilité —> la très grande discrétion du tarsier s’oppose aux traits les plus clichés du documentaire animalier. Le temps d’une exposition, CUBS Éditions s'est proposé de détourner les codes de ce genre audiovisuel - mode de représentation prédominant des vies animales - pour le faire éclater en une myriade de formes moins calibrées, de récits moins sensationnels, parfois modestes et bricolés.
exposition "Loin des Yeux" / Doc - Paris
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extrait du texte de l'exposition
LOIN DES YEUX
par Julie Buffard-Moret &
Agathe Lartigue
Le format « animalier » s’inscrit généralement dans une relation d’intimité forcée entre images, musique, sons et voix-off. La voix humaine surplombe et enveloppe les séquences d’images, elle guide notre perception de l’animal filmé. Pendant ce temps, dans les forêts lointaines et les zones urbaines, les animaux chantent, piaillent, hurlent et s’interpellent, ils tissent à leur façon leurs relations dans le champ sonore. L’expressivité de leurs cris heurte le timbre monotone de nos voix-off, elle reste indifférente à la rectitude de nos discours pédagogiques.
« Le commentaire d’un documentaire animalier sur les sardines peut dire ce qu’il veut (décrire les sardines ou les diffamer), mais il reste sans impact mesurable sur elles. Cette voix surimposée après coup à l’image […] ne s’adresse qu’au spectateur avec lequel elle fait alliance, contrat - sur le dos de l’image. »1
Avec une attention particulière portée au son et à la parole, l’exposition LOIN DES YEUX réunit un ensemble d’installations, de performances, de diffusions sonores et de projections pour essayer de raconter d’autres histoires d’approche, de cohabitation, d’amour et de voisinage avec les animaux sauvages mais aussi avec ceux qui nous semblent communs, indésirables, voire trop familiers pour être regardés.
Paris. Septembre 2021.
Des pigeons, une murène et des frelons en concert.
Des poissons d’eau douce et des oiseaux musiciens.
Des portraits d’animaux domestiques, des silures, et des histoires de chiens.
1 Serge Daney, « L’Orgue et l’Aspirateur », Les Cahiers du cinéma, n°278-279, Août-Septembre 1977.